Peu de clubs auront vécu une fin de saison aussi cruelle que l’AS Saint-Étienne. Donnés favoris à la montée pendant de longs mois, les Verts ont finalement dû se contenter d’une troisième place en Ligue 2, avant de voir leurs espoirs de retour dans l’élite s’effondrer lors des barrages face à Nice. Résultat, une troisième saison consécutive dans l’antichambre du football français, et un mercato estival qui prend des allures de reconstruction presque totale plutôt que de simple ajustement. Rarement un club de ce standing n’aura autant chamboulé son effectif en une seule intersaison, au point que certains observateurs parlent déjà d’une équipe quasiment nouvelle pour la reprise du championnat.
Une désillusion qui a tout changé
La défaite concédée au match retour des barrages a eu l’effet d’un séisme dans le Forez. Longtemps installés parmi les prétendants les plus sérieux à la montée, les Stéphanois ont vu leur saison basculer en l’espace de quatre-vingt-dix minutes, réduisant à néant des mois d’efforts et de promesses adressées à un public habitué à espérer, encore et toujours, un retour rapide au premier plan.
Cet échec a immédiatement coûté sa place à l’entraîneur Philippe Montanier, remplacé par l’Écossais Ian Cathro, chargé de lancer un nouveau cycle. Rarement un changement de banc aura coïncidé avec un tel volume de mouvements dans l’effectif, tant la direction sportive semble avoir profité de cette rupture pour repenser l’ossature de l’équipe plutôt que de se contenter de quelques retouches ponctuelles. Le mercato ASSE s’ouvre donc sur fond de remise en question profonde, bien loin d’un simple ajustement d’intersaison.
Un mercato XXL pour repartir sur de nouvelles bases
Une vague de recrutement rarement vue à ce niveau
Onze recrues en quelques semaines, un chiffre qui donne le vertige pour un club de Ligue 2. Parmi les arrivées les plus marquantes figure le Danois Jakob Breum, plus gros transfert entrant de l’été à un peu plus de trois millions et demi d’euros, ou encore le milieu hongrois Csongvai, dont le départ a d’ailleurs été vécu comme une réelle perte par son ancien club suédois de l’AIK. Le jeune Sénégalais Mamour Ndiaye complète ce lot de renforts censés densifier un effectif remanié en profondeur.
Le retour massif des prêtés
Autre particularité de cette intersaison stéphanoise, le nombre de joueurs revenant de prêt au même moment : Aboubaka Soumahoro depuis Hambourg, Abdoulaye Kanté depuis Middlesbrough, Beres Owusu depuis le Grazer AK ou encore Pierre Ekwah depuis Watford. Ces retours simultanés obligent le staff technique à réévaluer rapidement une hiérarchie interne bousculée par l’arrivée conjointe de plusieurs profils formés à l’étranger. Certains de ces joueurs devront d’ailleurs faire leurs preuves dès les matchs de préparation pour éviter un nouveau prêt, tant la concurrence promet d’être rude à plusieurs postes dans un effectif soudain pléthorique.
Le dégraissage, revers logique d’un tel afflux
Un mercato aussi dense côté arrivées implique nécessairement des départs en nombre équivalent. Dennis Appiah, latéral expérimenté de trente-quatre ans, a ainsi repris la direction de Caen après une saison sous le maillot vert. Le jeune défenseur Axel Dodote, prolongé jusqu’en 2030 avant d’être aussitôt prêté à Pau pour engranger du temps de jeu, illustre une méthode désormais bien rodée dans les clubs formateurs : sécuriser un contrat avant de laisser le joueur se former ailleurs. D’autres jeunes talents, à l’image d’un transfert vers Dunkerque, complètent cette opération de dégraissage menée en parallèle des arrivées.
Lucas Stassin, l’équation à part
Aucun dossier ne concentre autant d’attention que celui de Lucas Stassin. L’attaquant, déjà auteur de statistiques remarquées la saison passée, attire les convoitises jusqu’en Turquie, où Galatasaray serait passé à l’offensive selon plusieurs sources spécialisées. Pour un club qui ambitionne de jouer la montée, céder son meilleur buteur relève du dilemme cornélien : encaisser une somme substantielle, potentiellement une trentaine de millions d’euros selon certaines estimations, ou conserver l’atout offensif le plus susceptible de faire basculer une saison décisive.
Un pari collectif à haut risque
Réussir un tel niveau de renouvellement en quelques semaines, sans rodage collectif préalable, constitue un défi rarement relevé avec autant d’ampleur à ce niveau du football français. La marge d’erreur reste étroite : un faux départ en championnat, et c’est toute la légitimité de ce chantier estival qui pourrait être remise en question par un public déjà échaudé par l’échec des barrages. Reste à savoir si Ian Cathro parviendra à souder rapidement ce groupe largement remodelé, ou si l’ASSE devra une nouvelle fois composer avec un temps d’adaptation qui pourrait, comme la saison précédente, se payer cher au moment décisif de la course à la montée.
